S’il ne s’enfuit plus, ce n’est pas parce qu’il est sage. C’est parce qu’il ne voit plus d’issue. Il a cessé d’espérer.

Vous pensez avoir un lapin calme, facile à attraper, immobile dans vos bras.
En éthologie, cet état porte un nom inquiétant : la détresse acquise, aussi appelée résignation apprise.

L’animal a compris que lutter, fuir ou se débattre ne changeait rien. Alors il s’est éteint, psychiquement.

« Le prisonnier modèle de notre époque »

Une fausse image, largement répandue

On nous vend encore le lapin comme une peluche vivante, idéale pour un enfant, supposée se contenter d’une cage de moins d’un mètre.

Au début, il gratte, ronge les barreaux, tape du pied. On le qualifie d’« agité ». Puis, un jour, il s’arrête. Il reste prostré dans un coin, immobile, le regard vide. Et l’on conclut : « Ça y est, il s’est habitué. Il est devenu sage. »

La réalité est bien plus sombre. Il ne s’est pas adapté : il s’est résigné.

Le lapin est une proie conçue pour courir, bondir, surveiller en permanence. Son immobilité en cage n’est pas du repos. Un lapin détendu s’allonge de tout son long, s’étire, se relâche.

L’immobilité forcée est une réponse biologique au stress chronique. Il a compris qu’il n’avait aucun contrôle sur son environnement. Il ne vit plus, il attend.

Pourquoi la cage va à l’encontre du bien-être du lapin

1. L’atrophie musculaire

Un lapin a besoin de courir à pleine vitesse, de sauter, de faire des binkies. En cage, les muscles postérieurs fondent. Le manque de mouvement favorise aussi la stase digestive (arrêt du transit), qui reste la première cause de mortalité chez le lapin domestique.

2. La pododermatite

Les lapins n’ont pas de coussinets. Leurs pattes sont protégées uniquement par de la fourrure. Sur un sol dur ou souillé, en restant immobiles des heures durant, la fourrure s’use, la peau s’irrite puis s’infecte. Un lapin qui ne bouge pas est souvent un lapin qui souffre des pattes (en silence).

3. La sidération (freezing)

Dans la nature, lorsqu’un lapin est attrapé et ne peut plus fuir, il se fige pour inhiber l’attaque du prédateur. Un lapin posé sur vos genoux, immobile, sans bouger le nez, ne fait pas un câlin. Il est en état de peur intense. Il attend que le « prédateur » le relâche.

4. Les stéréotypies

Lécher frénétiquement les barreaux, tourner en rond, répéter un mouvement sans but n’est pas du jeu. Ce sont des comportements de détresse mentale profonde, comparables à ceux observés chez des animaux enfermés dans les zoos dans des environnements inadéquates à leur besoins spécifiques.

5. Un animal crépusculaire

Le lapin dort une grande partie de la journée. Il est naturellement actif à l’aube et au crépuscule. L’enfermer le soir, au moment précis où son organisme lui ordonne de courir et d’explorer, revient à nier totalement son rythme biologique.

Abolir la notion de « cage à lapin »

Un lapin devrait vivre :

  • en liberté totale dans le logement (il apprend très vite la propreté),
  • ou, à minima, dans un enclos d’au moins 2 m², lui permettant d’effectuer au moins trois bonds consécutifs sans toucher un mur, avec plusieurs heures quotidiennes de liberté.

Il doit pouvoir courir, bondir, changer de direction, explorer. Il faut aussi lui offrir un sol adéquat : installez des tapis antidérapants. (Le carrelage ou le parquet glissant est pour lui l’équivalent du verglas : il perd confiance, se crispe et se fige)

Laissez-vous émerveiller

Observez-le enfin tel qu’il est lorsqu’il se sent libre et en sécurité :

Un lapin heureux explore, fouille, renifle, fait des binkies (l’expression de la joie pure).

Un lapin détendu s’effondre sur le flanc, pattes jetées : c’est le flop, le relâchement total.

Un lapin en confiance se blottit contre son compagnon lapin.

Un lapin en confiance et ayant créer un lien avec son humain, vient spontanément chercher le contact humain : monte sur vos genoux, faire du nudding, offrir des petits bisous. Ces comportements apparaissent rarement, voire jamais, chez un lapin confiné en cage.

Le lapin possède l’attachement d’un chien et l’agilité d’un chat. Ne le réduisons pas à un objet décoratif.  Ce n’est pas un bibelot vivant. C’est un être sensible, fait pour bouger, choisir et exister.